Un quartier à échelle humaine


Inspirés par la proposition de Théâtr’Elles d’une lecture-balade au quartier, voici quelques éléments de réflexion sur la vie de quartier.

Un quartier ne se décide pas, c’est quelque chose qui se construit entre ses habitants. Un sentiment d’appartenance. Par nature son identité se fonde sur une représentation partagée qui fait sens, celle d’un lieu à échelle humaine que ses habitants s’approprient.

L’espace du quartier. S’il est trop vaste, nous appréhendons mal ses limites qui dépassent celles de notre espace de vie quotidien. S’il est trop hétérogène, nous n’arrivons pas non plus à nous l’approprier comme un tout, à développer de sentiment d’appartenance. Au contraire, s’il est trop petit, on en perd la dimension collective car peu de personnes s’y identifient. On se sent à l’étroit. Enclavé.

Le quartier dans le temps. Un quartier n’est pas un espace figé dans le temps ni une communauté d’habitants définie. La vie du quartier évolue en permanence au rythme de celles de ses habitants, des activités qui s’y déroulent, et qui changent, et de l’aménagement de son espace. De nouveaux habitants s’installent et apportent avec eux de nouvelles attentes, de nouvelles histoires. Certains ne font que passer. D’autres vivent ici depuis longtemps.

Le renouvellement urbain détruit des lieux et en crée de nouveaux. On s’adapte aux besoins. On attribue de nouvelles fonctions à l’espace. Le paysage change. L’environnement aussi. Tous ces changements modifient le lien social et remettent continuellement en cause la représentation partagée. Aux habitants de réinventer l’identité de leur quartier au fur et à mesure. C’est alors son histoire humaine, la mémoire des lieux et des gens qui en est le fil continu. Nécessaire. Si les changements opérés sont trop fréquents, trop brusques, trop massifs, l’appropriation ne se fait plus. Le fil se casse. Le lieu évolue trop vite par rapport à la vie des habitants. Les changements ne sont plus acceptés.

Notre quartier, par exemple, garde toute son histoire dans ses rues.
Des traces de la vie de ses habitants, de ses diverses vocations sociales.

- De nombreux noms de rue témoignent de la vocation artisanale et commerciale ancienne du quartier. Noms de métiers ou de propriétaires : rue des Blanquiers, des Candeliers, des Cristalliers, des Vermeillers, rue du commerce, rue Meyrueis (tonnelier), Ramel (menuisier), …
- Les vocations religieuse et éducative, qui sont longtemps allée de pair, sont également très présentes (et encore aujourd’hui) par des bâtiments bien identifiés : l’église St-Denis, le temple de la rue Brueys, la synagogue de la rue des Blanquiers,… l’école Saint-Charles La Providence, le collège-lycée Clemenceau, l’école Sévigné, … Certains de ces lieux ont laissé place à d’autres : le couvent des Carmes déchaussées dont le jardin est finalement aujourd’hui le Parc Clemenceau, le grand collège catholique remplacé par le bâtiment de la Poste Rondelet, le cours Daudet qui a fait place à une résidence de standing, le lycée Pierre-Mendès-France bientôt requalifié en logements, …
- L’architecture variée de notre quartier illustre aussi à toutes les époques sa vocation résidentielle avec des zones à la sociologie contrastée : grandes villas du boulevard Berthelot, petites maisons des années 30 de la rue des Orchidées ou de l’impasse Fino-Bricka, immeubles du 18e entre Clemenceau et Gambetta, résidences construites depuis les années 60 à la place des ateliers, des entrepôts, des restes de vignes,…

Aujourd’hui, le quartier vit une transformation rapide et systématisée destinée à densifier l’habitat prioritairement à toute autre fonction. On construit plus de logements car le besoin est grand. Le tramway promet de rouvrir de grands axes paysagers mais les espaces verts manquent au coin de la rue. Les bâtiments s’élèvent. Les arbres qui ne trouvent plus de sol, sont de plus en plus petits.

Alors comment maintenir un lieu à échelle humaine que ses habitants s’approprient – un quartier ?

En faisant vivre son histoire, pour que ceux qui sont déjà installés puissent la faire partager à ceux qui arrivent. Ceci s’opère d’autant plus facilement qu’il y a des rencontres et que nouveaux espaces que l’on aménage restent en cohérence avec les espaces que l’on conserve. En termes d’urbanisme, cela implique :
- De garder toujours à l’esprit que les gens vont devoir s’approprier les nouveaux espaces que l’on construit. Qu’ils puissent s’y sentir bien, en lien avec l’environnement existant.
- De réserver suffisamment d’espace libre, partagé, de qualité (en proportion de l’augmentation du nombre de logements). Ces espaces dégagés donne à voir le quartier. Ils lui donnent du sens et le rendent rassurant. Les rues ne sont pas que des couloirs de circulation elles peuvent être des lieux où l’on s’arrête pour échanger. Une place n’est jamais un espace perdu s’il favorise la convivialité. Un jardin même petit est une respiration naturelle apaisante dans la ville…
- D’assurer l’équilibre entre les différentes vocations sociales du quartier pour ne pas en appauvrir l’activité et la fréquentation.
- De maintenir les lieux où le lien social se tisse tous les jours et qui sont porteurs de l’histoire du quartier : lieux de culture, d’enseignement, de foi, commerces de proximité, marchés, espaces verts, terrains de sport,…
- De saisir l’opportunité des chantiers ouverts pour créer les équipements qui manquent.


Le 18 octobre dernier. De la rue Meyrueis à la rue Balard, en passant par l’avenue Clemenceau et la place Chaptal. Les extraits de La Cité Fertile d’Andrée Chédid choisis par Théâtr’Elles et les textes de Clerondegambe et Pavé ont ponctué une balade ensoleillée révélant à chaque coin de rues la mémoire vive du quartier. Photos Mireille Mahous.

lundi 25 janvier 2010

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